Détection de zones de conservation prioritaires dans le Sahara à l’aide de la Gazelle de Cuvier

Le Sahara est l’un des déserts ayant la plus grande importance biologique au monde, à la fois de par sa superficie (il occupe une énorme frange du continent africain et relie deux océans), et de par le nombre d’espèces qu’il abrite, ainsi que pour le haut degré de spécialisations et d’adaptations qu’elles présentent. Dans sa région atlantique, on retrouve une zone montagneuse importante, avec de nombreux fossés et rivières fossiles, en plus des vastes plaines et plateaux caillouteux, où se confond le désert du Sahara avec les régions biogéographiques du nord. C’est là que nous avons concentré nos efforts sur une étude à long terme de la faune saharienne, depuis le début de nos expéditions biologiques en 2011.

Dans notre dernier article, publié dans la prestigieuse revue Scientific Report, dans lequel collaborent des chercheurs de la Station Biologique des Zones Arides et de l’Institut scientifique de Rabat, nous avons utilisé les résultats de notre travail de terrain dans le Sahara Atlantique pour développer des modèles de répartition des espèces, afin d’identifier les zones optimales pour la Gazelle de Cuvier (Gazella cuvieri), espèce qui donna son nom à notre association : Harmusch (son nom en hassanya).

Zones d’intérêt particulier pour la conservation de la Gazelle de Cuvier. (a et c) Monts Aydar et mâle de Cuvier se nourrissant dans l’un de ses fossés. (b et d) Jbel Ouarkziz et juvéniles de la Gazelle de Cuvier. (d) avec l’aimable autorisation de Luis Llaneza.

Espèce endémique d’Afrique du Nord, cet ongulé souffre d’une persécution cynégétique sans relâche, il est donc actuellement très rare et sa distribution est extrêmement fragmentée. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) l’a classé comme menacé dans le monde entier, le plaçant dans la catégorie “vulnérable”. Cette région, la plus méridionale de sa distribution et dans des conditions extrêmement difficiles (avec des précipitations inférieures à 150 mm par an) constitue l’un de ses derniers refuges, étant probablement le principal bastion avec l’Anti Atlas occidental. Dans l’article intitulé “Identifying priority conservation areas in a Saharan environment by highlighting the endangered Cuvier’s Gazelle as a flagship species”, nous avons identifié les zones optimales pour la Gazelle de Cuvier dans le Sahara atlantique du Maroc. Nos résultats indiquent que l’irrégularité locale du terrain (typique des zones les plus abruptes) et l’éloignement de grands noyaux de population humaine sont les facteurs qui exercent la plus grande influence sur sa distribution. La projection de carte avec ces variables délimite les régions optimales pour conserver non seulement cette espèce, mais aussi d’autres taxons menacés qui cohabitent avec elle, agissant ainsi comme une espèce parapluie. La protection de ces habitats permet d’asseoir les bases de nouveaux programmes de réintroduction d’espèces disparues de la région, comme la Gazelle de Mhorr (Nanger dama mhorr) ou encore le Guépard saharien (Acinonyx jubatus hecky). En outre, la protection de vastes zones pourrait favoriser le développement local, conformément à la conservation de la nature, grâce à un tourisme durable qui offre des alternatives à l’économie locale.

Encore une fois, nous remercions le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à La Lutte Contre la Désertification du Maroc pour son soutien et Bujarkay pour nous avoir fourni d’excellents véhicules 4×4 de location.

L’article est disponible en libre accès dans le lien suivant :

https://www.nature.com/articles/s41598-020-65188-6

 

Nota: “Detección de áreas prioritarias de conservación en el Sáhara por medio de la gacela de Cuvier. Post 23/05/2020. Versión en francés”